KINEO est un dispositif d’évaluation, de rééducation et de préparation physique. C’est un outil fonctionnel avec un système de biofeedback en temps réel. Première machine dans la reprogrammation neuro-musculaire avec un travail aussi bien en chaîne fermée qu’en chaîne ouverte. Elle permet de différencier la charge excentrique et concentrique avec un système de charge intelligente. De plus, elle permet un travail de force mais également un travail fonctionnel grâce à la poulie.
Notre intention est d’incorporer KINEO dans le processus de réathlétisation suite à une ligamentoplastie du Ligament croisé antérieur, grâce à l’utilisation de la chaîne fermée et ouverte. Puis au fur à mesure du protocole incorporer un travail fonctionnel.
L’objectif de cette étude est de montrer l’impact d’un protocole de 12 séances sur des personnes opérées d’un ligament croisé antérieur. Pour cette analyse, nous ferons un test de force maximale sur la machine KINEO ainsi qu’un test fonctionnel pour compléter l’analyse.
INTRODUCTION
Rappel : Le nombre de LCA et d’opérations en France par an
La rupture du ligament croisé antérieur (LCA) est fréquente dans les sports avec des changements de direction et de pivots-contacts tels que le football, le basket-ball, le rugby ou encore le ski. Plus de 90% des ruptures du LCA recensées en France en 2016 interviennent dans ce contexte (Hu, 2016). Or, en France (2013), le football recensait près de 2 millions de licenciés, le tennis 1,5 million, le handball et le basket-ball 500 000 et le rugby 300 000 personnes. D’autre part, le ski alpin représente 5,8 millions de pratiquants sur les 47,1 millions de personnes qui pratiquent une activité physique ou sportive (Ministère de la ville, 2015). En 2014, on dénombrait 40 000 lésions des ligaments croisés antérieurs (LCA) en France, ce qui représentait de 70 à 85 ruptures de LCA pour 100 000 habitants. À titre de comparaison, le nombre de ruptures du LCA est de 250 000 aux Etats-Unis (Schmidt, 2015). De plus, on peut noter que la rupture de LCA est plus fréquente pour la population des 15-25 ans qui pratiquent des sports de pivots contacts (Lee JC, 2013).
Rappel anatomique
Le genou est l’articulation centrale faisant la jonction entre la cheville et la hanche. Il est sollicité lors de la marche avec une alternance de flexion et extension accompagnées de flexion / extension de la cheville et de la hanche. Pour favoriser une bonne stabilité du genou, le fémur est positionné sur le tibia grâce au condyle et aux ménisques. L’ensemble est stabilisé grâce aux ligaments et aux muscles. Quatre principaux ligaments assurent la stabilité du genou à savoir :
- Les ligaments latéraux internes et externes, situés de part et d’autre du genou et assurant la stabilité dans le plan frontal ;
- Les ligaments croisés antérieur et postérieur, situés à l’intérieur de l’articulation assurent, eux, la stabilité dans le plan sagittal. Le ligament croisé antérieur relie la partie antérieure du tibia à la partie postérieure du fémur. Il empêche la translation antérieure du tibia par rapport au fémur et stabilise le genou lors des mouvements de rotation. Il fait partie du « pivot central » et est placé dans l’échancrure du fémur. Il est oblique vers le haut, l’arrière et en dehors.
Le taux de retour aux sports
La réduction de l’activité est fréquente après une opération du LCA (Pinheiro et coll., 2013). En effet, seulement 51% des patients retournent à une activité sportive. Parmi ce pourcentage, 21% retournent à un niveau inférieur et seulement 31% au même niveau d’activité.
De plus, on peut noter que seuls 19% des patients reviennent à la compétition, et 43% à des sports de pivots-contacts et de changement de direction (Ucay, 2016). On constate après opération des répercussions musculaires et proprioceptives importantes. C’est pourquoi il est important d’évaluer le déficit musculaire et de programmer un travail en fonction des résultats du patient. Le bilan fonctionnel et musculaire est alors nécessaire (Puig et coll., 2010).
Ainsi, 81% des personnes ayant eu un bon score sur une évaluation fonctionnelle retournaient à une activité sportive. A l’inverse, 42% des personnes n’ayant pas obtenu un bon score ne retournaient pas à leur niveau d’activité pré-opératoire. (Zakariya Nawasreh, 2017).
Les tests analytiques et fonctionnels
Dans les conditions précédemment décrites, il semble nécessaire de mettre en place un testing analytique pour mesurer la force des quadriceps mais également des ischios jambiers. L’objectif est de déterminer un LSI minimum. Il faut également établir un testing fonctionnel permettant de compléter l’analyse analytique.
En 2001, une étude a recensé toutes les méthodes existantes permettant de réaliser les tests analytiques à savoir les tests isotoniques, les électrodes, les mesures périmétriques ou encore les évaluations manuelles. Ces méthodes jugées « non précises » ont eu pour conséquence la mise en place des tests isocinétiques couplés à des tests de force concentrique et excentrique des quadriceps et des ischios jambiers à différentes vitesses angulaires.
Ces mesures nous permettent de déterminer un ratio agoniste/antagoniste et un ratio bilatéral (Croisier & Crielaard, 2001). Plusieurs études sont parues dans la continuité afin de détailler les différents ratios possibles en fonction des types de travail (Thomee et coll., 2012 ; Dauty, 2017 ; Fischer, 2016 ; Pamukoff, 2017 ; Pinto, 2017 ; Vieira, 2017). Il faut retenir qu’un ratio quadriceps ischio jambiers doit être compris entre 50% et 90% et qu’un ratio ischio jambiers excentrique à 30°/s sur quadriceps concentrique 240°/S doit être supérieur à 0,9.
Enfin, les risques en fonction du pourcentage de différence entre le membre sain et le membre opéré sont évalués de la manière suivante :
- En dessous de 10% : la différence est acceptable ;
- Entre 11% et 20% : la différence est à travailler ;
- Au-dessus de 21% : la différence est trop importante et créé un risque de blessure important.
Comme le dit C.L. Ardern (2015), le retour au sport est multifactoriel. Il est donc nécessaire de mettre en place un test fonctionnel et non pas seulement analytique. C’est pourquoi plusieurs études ont été réalisées sur les différents tests de saut et d’analyse tridimensionnelle, notamment des tests permettant d’obtenir un LSI entre jambe saine et jambe opérée. Ils permettent également une analyse de la gestuelle et des différentes qualités physiques nécessaires à la reprise du sport. Cela nous permet de déterminer les profils à risque (Ardern, 2016 ; Paterno, 2010 ; Gustavsson et coll., 2006 ; Myer et coll., 2012 ; Myer et coll., 2015). Sur l’ensemble des tests fonctionnels sont mis en place des normes minimales à réaliser (Youne´s Hachana, 2014 ; Myers, 2014).
Enfin, pour permettre un retour au sport optimal, il est intéressant de prendre en compte l’appréhension. En effet, sur les personnes ne reprenant pas leur activité sportive, 28% est dû au manque de confiance et 22% à la peur de la récidive. Il est donc intéressant de mettre en place un test permettant d’apprécier l’appréhension et le ressenti de la personne sur le retour au sport (Ardern, 2014 ; Bohu, 2015).
Déficit musculaire
Les tests de forces maximales vont montrer un déficit musculaire persistant de 34 à 50 % à 3 mois post-opératoire. Le retour au sport requiert une récupération optimale des qualités musculaires et neuromusculaires (Savallia et al., 2008 ; Croisier & Crielaard, 2001).
Réathlétisation
La réathlétisation est la phase qui succède aux phases de rééducation. L’objectif est d’augmenter la force, la puissance, la qualité de vitesse et le travail aérobie. Elle parait donc indispensable pour le retour au sport (Hot, 2010). Ainsi le travail fonctionnel a un impact positif sur la prise en charge d’un LCA (Carmo Almeida, 2016). En effet, une réathlétisation intensive avec progressivité dans les exercices crées une augmentation considérable de la force sur la jambe opérée (Lee et al., 2013). La réathlétisation va donc aussi permettre une diminution des douleurs grâce au gain de force (Puig, 2010). Enfin, Nawasrech montre en 2017 l’importance du travail fonctionnel pour permettre un progrès sur les tests de sauts (Zakariya Nawasreh, 2017). En 2008, Laboute établit que le travail de renforcement musculaire en chaîne ouverte ou fermée et un travail athlétique et de proprioception permet une reprise plus rapide des entraînements et de la compétition (52% de reprise au niveau antérieur).
Pour un gain de force optimal, il faut travailler à 80-85% de force maximal sur 3 séries de 6-8 répétitions (Rodriguez et al., 2010). Le travail de force va permettre de diminuer les déficits musculaires et diminuer la différence entre les deux membres de 13 à 55%. Il est montré que le travail de force des quadriceps et des ischio jambiers en concentrique ou excentrique va permettre de protéger l’articulation (Laboute, et al., 2013).
De plus, le travail fonctionnel va aussi avoir son importance dans le maintien de la posture. En effet, le défaut postural est très présent dans les facteurs à risques pour le LCA, tels que le genu valgum dynamique (Rad, 2016). Dans ce même esprit, certains auteurs vont venir travailler sur le postural et montrer l’importance du travail sur le vaste interne afin de diminuer les douleurs et limiter le manque de force dans les 60 derniers degrés d’extension de jambe (Huang et coll., 2016).
Pour finir, comme le dit Duval (2017), « la réathlétisation est une rééducation qui vise à ré-entraîner individuellement le sportif qui a subi les effets du désentraînement ».
Le travail de force
Le travail excentrique et concentrique permet d’avoir un gain de force. On parle de fatigue musculaire pour le concentrique, et de découplement de l’excitation et de la contraction pour l’excentrique. La fatigue musculaire crée en effet un changement des paramètres viscoélastiques du muscle. Ceci est perceptible sur une EMG. La fatigue crée une diminution du travail de 13-23% en concentrique et en excentrique. La diminution de la force est dû à des facteurs neurologiques qui réduisent l’activité musculaire (Beck et al., 2010).
Le travail excentrique permet de prévenir le risque de blessures. Le modèle neurologique est différent pour un travail excentrique ou concentrique. Lors d’un travail excentrique, la personne produira plus de force pour un coût énergétique plus faible (Roig, 2009). Le travail excentrique provoque un Cependant, l’excentrique provoque un plus grand stress dû à l’étirement des sarcomères (Paz, 2012) mais vient apporter dans le temps un gain de force supplémentaire d’origine viscoélastique et nerveuse. Inversement selon Komi (1972), le développement des capacités musculaires par le mode concentrique est plus rapide mais finit par stagner.
Le travail de force de 1-6 répétitions à 85% de 1-RM permet d’augmenter l’excitabilité et diminuer la fatigue périphérique (Latella, 2017). On observe un meilleur gain de force en combinant une phase de travail concentrique et une phase de travail excentrique (Duchateau, 2006).
En 1988, Duchateau et Hainaut montrent que le principe de surcharge de 60% à 100% 1-RM permet une augmentation de la force sur 4 à 6 semaines d’entrainement. Ce principe est repris par Boisseau en 2009. De plus, Hakkinen et coll. (1981) que l’augmentation de la masse musculaire dépend de deux phénomènes que sont l’hypertrophie (augmentation du volume des fibres musculaires) et l’hyperplasie (augmentation du nombre de fibres musculaires).
En 2003, Duchateau et Hainaut montrent également que l’entrainement « dynamique » (30-40% 1-RM) permet d’augmenter la force ainsi que la vitesse maximale de raccourcissement du muscle. Ce constat démontre l’importance du travail force-vitesse avec une sollicitation des fibres rapides. Il est donc important de compléter un travail de force avec un travail athlétique.
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